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Quêtes

Pauline Alphen ©2015
La série des Bushfires
Entre 2000 et 2010, dans mon travail, j’ai cherché la lumière.
A Paris, pendant d’interminables hivers gris, j’ai travaillé des fonds dorés et argentés pour que, de la toile, jaillisse la lumière.
Comme dans les icônes byzantins, l’or et l’argent comme un espace spirituel, permettant d'échapper à la représentation d'un espace réel qui m’oppressait.
Eternel noce et divorce du corps et de l’esprit.
En 2010, j'ai émigré en Australie.
Un pays inondé de soleil, d’espaces vierges et d’horizon.
En terre inconnue, déliée de ce que je connaissais, encore déconnectée de mon nouvel environnement, la quête de la lumière ne faisait plus sens: la lumière était partout!
Modification de toutes les perceptions.
Le corps occupant un autre espace, l’esprit cherchait sa place.
En 2013, de gigantesques incendies se sont déclarés dans les Blues Moutains, aux alentours de Sidney.
Toute la ville s’en est trouvée transformée, des coulées de fumée jaune et grise ont occupé le ciel, l'odeur de bois brûlé a envahi les rues. La presse et la télévision dévidaient les images du drame. Et je ne pouvais m’empêcher de m’émerveiller devant ces paysages embrasés, les subtils ou violents rapports de tons, les superpositions de flammes, troncs, silhouettes.
Exubérante beauté du feu, fulgurante présence.
Danse.
Rythme crépitant des flammes se divisant en en milliers de particules ignées.
Détonations, ronflement, jaillissement, rougeoiement, extrême mobilité, joie féroce et ardente.
Je me suis rendue dans ces forêts blessées. Je les ai arpentées pendant un mois, cherchant à intégrer les émotions et sensations suscitées par les paysages irréels, les troncs brasillants, les formes incandescentes et éphémères redessinées par le feu, les sols jonchés de cendres. Des paysages vides d’humains que traversait, de temps à temps, un camion de pompiers.
Puis, au terme d’un mois, dans ces forêts noires et grises, le vert intense des jeunes pousses.
Résilience, verticalité et vérité des arbres.
Dignité et puissance des fûts calcinés et malgré tout debout, porteurs de vie, parfaits traits d’union entre la terre et le ciel.
Paradoxe du feu, destructeur et purificateur, libérateur et dévastateur, catalyseur de la transformation.
L’évolution de ce paysage en mutation a fait écho dans mon histoire.
Comme dans les contes initiatiques, j’ai traversé la forêt, brûlant symboliquement ce qui n’était plus nécessaire pour commencer quelque chose de nouveau.
Passer de la lumière à la couleur.
Revenir à l’instinct et l’intuition de la couleur, au désir et à la joie de créer.
Eternelles retrouvailles du corps et de l’esprit.
Et initier une nouvelle quête.
La série des broderies
Les broderies se sont imposées à moi de façon inespérée...
J’ai initié ce travail en partant du sentiment que m'inspire la peinture aborigène, dans la répétition des gestes (les points), comme une sorte de méditation.
Le projet initial s’est transformé lorsque les aplats de couleurs sont apparus.
En réalisant cette série, je me suis sentie "portée", laissant mon intuition me guider… jusqu’en Inde où j’ai trouvé au couvent St Joseph, à Pondicherry, les doigts de fées dont j‘avais rêvé.
Vingt brodeuses enthousiastes se sont consacrées à la réalisation des pièces de la série. Chacune des femmes a passé un mois sur chaque pièce. Chaque broderie porte le nom des brodeuses qui ont exécuté ce travail extarordinaire.
Un travail porté de bout en bout par le temps des rêves, parsemé de rencontres humaines bouleversantes et essentielles.